Interview de Cécile Arnould, Ingénieur de Recherche à l’INRA


Cécile Arnould, Ingénieur de Recherche dans l’Unité de Physiologie de la Reproduction et des Comportements, UMR INRA – CNRS – Université de Tours – Centre INRA de Tours, nous parle de la notion de bien-être animal et de sa mesure en élevage.

L'unité mixte de recherche de Physiologie de la Reproduction et des Comportements mène des recherches fondamentales et appliquées sur la fonction de reproduction des mammifères domestiques et des oiseaux, ainsi que sur les comportements animaux liés à la reproduction, aux relations sociales, à l'ingestion et aux questions de bien-être animal. Les activités de recherche de l'unité relèvent à la fois d'une démarche cognitive (fonctionnement des systèmes) et d'une perspective d'application, dans le but de produire mieux et à moindre coût, tout en respectant les animaux et l'environnement.
Certains chercheurs de l’unité sont ponctuellement impliqués dans des groupes de travail de l’autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) ou sollicités, pour leur expertise, par le Ministère de l’agriculture et de la pêche (bureau de la protection animale).

Que recouvre la notion de bien-être animal ?

Le bien-être animal intègre deux aspects majeurs : il tient compte de l’état physique de l’animal (lequel ne doit par exemple présenter aucune lésion, n’être victime d’aucune maladie) et de son état mental (l’animal perçoit et réagit à l’environnement dans lequel il se trouve en fonction de ses capacités sensorielles et cognitives, certains comportements peuvent être un révélateur de cet état). Les études réalisées pour évaluer le bien-être animal se fondent sur ces deux critères. Le but est de comprendre les mécanismes qui permettent d’assurer le bien-être des animaux, afin de définir de meilleures pratiques d’élevage.

Comment mesure-t-on le bien-être en élevage ?

Dans le cadre du projet européen « Welfare Quality® » co-financé par l’union européenne, les méthodes d’évaluation qui ont été développées prennent en compte des mesures effectuées directement sur les animaux puisque ce sont ces derniers qui sont au centre de la question du bien-être animal. Quatre critères principaux ont été évalués : l’alimentation, le logement, la santé, la présence de comportements dits appropriés. Ces quatre critères se subdivisent en sous-critères plus précis.

  • l’alimentation : il ne faut pas que l’animal ait soif ou faim de manière prolongée
  • le logement : l’animal doit se trouver dans une situation confortable pendant le repos et disposer d’un confort thermique (température appropriée)
  • la santé : principalement, l’absence de blessures et de maladie
  • la présence de comportements dits appropriés : par exemple, il doit y avoir des comportements sociaux appropriés, la relation homme/animal doit être bonne, il ne faut pas de comportements de peur exacerbés

Pour évaluer chacun de ces sous-critères, une ou plusieurs mesures standardisées sont utilisées.
Il est important de noter que, dans ce projet européen, les mesures sont focalisées sur l’animal lui-même et non sur des éléments extérieurs parce que le meilleur moyen d’évaluer le bien-être d’un animal, est de regarder l’animal lui-même et son comportement. Cependant, les mesures liées à l’environnement des animaux et à la gestion de l’élevage ne sont pas exclues des travaux et ainsi l’impact de facteurs tels que la densité, la luminosité ou encore le nombre de visites aux animaux effectués par jour par l’éleveur peut être étudié.
Les aspects positifs du bien-être animal, c’est-à-dire les situations où l’animal est bien (émotions positives) sont de plus en plus appréhendés dans le cadre des discussions au niveau européen. C’est ainsi que l’on va chercher à identifier les situations, les conditions dans lesquelles les animaux peuvent, par exemple, avoir des comportements de jeu.

Quel est l’esprit de la législation européenne à venir et comment s’inscrit-elle dans l’évolution des réglementations sur le bien-être des volailles au niveau mondial?

La prise en compte du bien-être des animaux d’élevage ne cesse de croître, partout dans le monde. La directive européenne de 2007 sur la protection des poulets destinés à la production de viande impose une obligation de résultat, ce qui constitue une avancée importante. Elle s’attache ainsi à mettre en place des moyens qui permettent d’évaluer le bien-être des volailles pendant la phase d’élevage. De cette évaluation découlera les densités d’élevage autorisées. Cette approche replace clairement l’éleveur au centre du débat sur le bien-être animal et représente une évolution majeure. Le bien-être animal est en effet largement dépendant de la technicité de l’éleveur, de la qualité de son travail. Par exemple, l’impact de la densité d’élevage sur le bien-être des poulets, va en partie dépendre de la conduite d’élevage et du contrôle d’éléments tels que la température, l’hygrométrie, la ventilation, l’accès à l’eau, etc. L’éleveur est au centre du bien-être et la façon dont l’éleveur fait son métier est au cœur du débat.

L’Europe est sans doute en avance en matière de législation sur le bien-être animal mais les choses évoluent très vite ailleurs dans le monde (au sein de l’OIE par exemple). On assiste également à des échanges de « meilleures pratiques », par exemple 4 pays d’Amérique du Sud (Brésil, Mexique, Chili, Argentine) participent au projet européen « Welfare Quality® ».

En conclusion, la mise en place future d’outils objectifs d’évaluation du bien-être devrait non seulement permettre d’améliorer les conditions de vie des animaux, mais aussi permettre une reconnaissance du travail des éleveurs et ainsi aboutir à une meilleure valorisation de ce travail.

Précédent